AUTOBIOGRAPHIE

(ou Nécrologie? On ne sait jamais…)

Dès l’enfance – soit quelque quatre-vingts ans avant cette image – premiers émois musicaux, à l’écoute de Dufay, Binchois, Josquin, Palestrina… que chante la Maîtrise de la cathédrale de Dijon, où habitent mes grand-parents maternels. En découlent directement mes premiers essais de composition (vers mes 12 ans), très discrètement et intelligemment guidés par Marcel Frémiot, élève de Messiaen. Avec Jacqueline Latarjet, étude du piano : mais, exception faite de Bach et de Debussy, le répertoire classique et romantique ne m’intéresse guère.

À 16 ans, travail de l’harmonie et du contrepoint avec Nadia Boulanger. C’est le début d’une profonde et durable amitié, et cela malgré le désarroi qui sera le sien, vers les années 60, lorsqu’à l’écoute – en solitaire – de l’école de Vienne (celle de Webern surtout), des œuvres tardives de Stravinsky, et de celles que je vois naître, de Boulez et de Xenakis, je m’engage dans une voie qu’elle n’avait pas prévue. En témoignent les pages écrites alors, pour orchestre et formations de chambre  (« Concerto da camera », « Agora », « Épisodes », « Scène » « Treize petits airs », « Le repas chez Simon »…). Gilbert Amy, Paul Mefano, Betsy Jolas, Claude Prey, sont des amis dont j’admire les œuvres ; mais une « impardonnable » différence nous distingue : je n’ai pas été, comme « tout le monde », élève de Messiaen, dont l’esthétique et la sensibilité (son prodigieux métier mis à part) sont aux antipodes de mes propres tendances… Et mon étiquette « boulangiste » va me coûter très cher à la création des premières œuvres que je considère comme abouties, et qu’on ne peut classer ni dans un camp ni dans l’autre. « Nadia Boulanger a couvé un drôle de canard… !», dira Antoine Goléa. Cela dit, j’ai de précieux contacts avec la génération précédente : Darius Milhaud, Igor Markevitch, Henri Dutilleux, ou l’infatigable Georges Auric, si passionné par le travail des autres, encouragent beaucoup mon indépendance.

Cette indépendance, bien involontaire, va d’ailleurs être bientôt consciemment assumée, surtout dans les œuvres destinées à la voix. C’est le cas, tout spécialement, de «Diminuendo » (1972), écrit en collaboration avec Georges Perec – dont le texte, très familier (les propos les plus vides et stéréotypés d’un couple qui ne sait plus quoi se dire), s’insère paradoxalement dans un décor instrumental très « boulezien» – premier pas vers une écriture musicale plus spontanée, moins contrainte et plus variée : mélodies (avec instruments divers), chansons, opéra, « théâtre musical », œuvres radiophoniques. Outre Georges Perec, je collabore avec Italo Calvino, Philippe Minyana (deux chers amis), Geneviève Serreau, Madeleine Louÿs, Patrizia Buzzi, Jean-Pierre Siméon. La rencontre, dès 1981, d’une jeune chanteuse et comédienne de vingt ans étonnamment douée et aventureuse, Élise Caron, est pour beaucoup à l’origine de toutes ces pages vocales.  « Sept monodies », « La punition » et « L’Ondine dans son étang »… sont écrits pour elle, mais le catalogue ci-joint donne aussi les noms de beaucoup d’autres interprètes, jusqu’au plus récent, Vincent Bouchot, chanteur – et compositeur, au catalogue immense…

À signaler encore : très tôt, à côté de la composition « pure », travaux pour le cinéma, la télévision (émissions pédagogiques) et la radio (nombreuses collaborations avec France Culture, spécialement avec Alain Trutat).

Au CNSM de Paris, la voix étant depuis longtemps mon instrument préféré, je suis d’abord « chef de chant » (aux côtés de Claude Lavoix), puis premier titulaire de la classe nouvelle d’« Analyse et culture musicale » créée à l’usage des chanteurs par Marc-Olivier Dupin.

Au CNAD pendant 10 ans, j’ assure aussi la formation musicale des acteurs.

Retour au seul travail de composition en 2001 (photo…).